Uberiser UBER

«Uber se fera un jour ubériser»

Pascal Terrasse, député PS de l'Ardèche.

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INTERVIEW – Auteur d’un rapport sur l’économie collaborative, le député socialiste Pascal Terrasse estime que la révolution numérique (ubérisation, économie collaborative etc.) «s’impose à nous» parce qu’elle répond à une demande des consommateurs.

LE FIGARO. – Pourquoi êtes-vous favorable à l’économie collaborative?

Pascal TERRASSE. – C’est une économie qui s’impose à nous, une alternative crédible à un modèle de consommation qui s’essoufle. Il ne faut pas la brider mais il faut savoir aussi la réguler. Soit on accepte cette transition numérique, soit on est perdu. C’est le sens de l’histoire. Cette révolution perturbe certains acteurs car elle est plus brutale que les précédentes (radio, télévision, Internet etc.). Et bientôt ce sera au tour d’Uber de se faire «ubériser». C’est ce qu’Heetch est en train de faire.

Alors pourquoi vouloir taxer les revenus de leurs utilisateurs?

L’économie collaborative n’est pas une zone de non-droit. Alors que les entreprises numériques sont appelées à capter une part importante de la création de valeur, certaines mettent en œuvre des stratégies d’évitement de l’impôt. L’État doit agir pour que ces grandes entreprises étrangères paient leurs impôts en France. C’est pourquoi je propose de fiscaliser les revenus des utilisateurs des plateformes de l’économie collaborative. Je laisse à l’administration fiscale le soin de déterminer à partir de quel seuil l’activité est imposable. Mais je recommande un montant compris entre 2000 et 3000 euros. En-dessous, elle ne le sera pas. Idem pour le type de bien que vous louez ou échangez ou la fréquence de l’activité. S’il s’agit d’un appartement ou d’une maison, la fiscalité ne sera pas la même que pour une voiture. Même principe, entre une personne qui réalise des transactions une fois par an et une fois par mois.

Que répondez-vous à ceux qui estiment qu’ils font de la concurrence déloyale?

L’économie collaborative est l’économie de partage de biens, de services. Elle n’a donc rien à voir avec ce que fait Uber. Ensuite, les plateformes comme Blablacar, Airbnb ou Le Bon Coin ne font que répondre à une demande des Français. On ne veut plus être propriétaires mais partager des services ou des biens. Il existe une vraie demande pour cela. On n’a plus envie d’emprunter pour un bien pour lequel on devra payer une fiscalité très élevée. La crise économique n’y est sans doute pas étrangère, mais l’envie de se retrouver en communauté peut aussi être une bonne explication. Les Français utilisent Airbnb, Blablacar ou Le Bon Coin parce que la consommation collaborative leur fait faire des économies (63%), limite le gaspillage ou donne une seconde vie aux objets (55%) ou leur permet de faire de nouvelles rencontres ou d’aider des personnes dans le besoin (43%).

Mais cette économie ne va-t-elle pas fragiliser les salariés?

Il est vrai que la révolution numérique va surtout profiter aux personnes très qualifiées au détriment des bas salaires. Bientôt, les salariés seront même très minoritaires. D’ici 2030, nous ne compterons plus en France que 20% de salariés. Nous ne produirons plus des emplois mais un travail. Il faudra donc trouver une source de revenus aux personnes qui n’auront pas d’emplois, comme ceux qui enrichissent Wikipédia par exemple.

Que vous inspire le conflit entre les taxis et les VTC?

C’est une guerre d’un autre âge. Bien sûr, il faut que les VTC puissent payer la même fiscalité et avoir la même formation que les autres, mais on ne peut pas, au nom de certaines régulations, protéger des rentes qui ne sont plus, aujourd’hui, la réalité de la vie. Pour payer moins cher, les taxis auraient tout intérêt à se mettre en auto-entrepreneur plutôt qu’en artisan. Les taxis font un blocage intellectuel. Ils ne peuvent pas d’un côté réclamer moins de normes, moins de contraintes et de l’autre manifester quand d’autres acteurs profitent de ces souplesses. Une bonne idée pour contrer Uber serait, par exemple, de lancer leur propre plateforme. La loi Thévenoud est très bien, je ne vois pas ce que Laurent Grandguillaume pourra rajouter de plus.